dimanche 17 juin 2018

LES YEUX DU PASSE
(Grand’maison, Trélazé, 1995)

Les regards féminins inondaient alors mes yeux bleus où, déjà, baignait l’ennui. Cette vague déferlante m’inspirait le singulier désir d’être laid et, derrière mes bésicles, défilait en noir, l’avenir. Je couvrais mon karma d’apostrophes, râlant comme un beau diable après ce sortilège ! Dans l’antre secrète de ma carapace, en dépit des apparences, un cœur tout chaud palpitait, mais pas pour la greluche ! Au delà de mes paupières closes, dans l’alcôve, des songes troublants narguaient mes sens, laissant au réveil sur la blancheur des draps, de vagues souvenirs. Qu’importaient alors, le temps, les heures, les rides fatales et la solitude qui s’installe ?

dimanche 3 juin 2018

VUS
(Trélazé, 1996)

    J’ai vu les monts opaques et le fond blessé des songes. Les rivières de diamants au cou des sœurs, l’amour au lit des frères. Les ballons s’envoler dans la nuit qui s’est faite blanche.
    Tu dors dans l’ignorance, merveille de l’innocence. Je voudrais rendre les circonstances atténuantes. L’impossible ne meurt pas mais ne vit jamais. Pourquoi tant d’ordinaire, si peu d’exaltation ? J’entrevois les promesses du désir, si ténues, si peu tenues.
    J’ai cherché dans la bouteille, la noyade salutaire. L’absence a répondu présent, la vie est mon cadeau présent. J’ai rêvé les pieds devant, la tête étoilée au firmament d’une espérance. Hurlé dans la voie lactée, noir d’une rage sans contenance. J’ai cru aux démons dans l’embrasement des cieux. J’ai ricané à l’évocation du coeur qui bat, en pensant aux poètes. Cet organe a de beaux réflexes, confrères, qui sert habilement la pompe !
    J’ai vu les mots opaques et le fond bleuté des songes. Le sang rouge des artères et les vaisseaux noirs des traîtres. Le foie répandre son fiel, les boyaux d’épandage sur l’amer étal. J’ai aimé la nudité blonde, brune, rousse et la musique imaginaire avec. Mais les sens sur les fantasmes usent l’esprit qu’aucun baiser n’aguerrit. La poignante volonté d’assouvir pèse. Dites-moi, vous qui vécûtes, les regrets sont-ils éternels ? Je voudrais que plus un refus ne brise l’âme.
     J’ai vu la verte moiteur des rêves et l’antre des anges. Les coulures vermeilles et la blanche écume. La femme et l’homme naissant. Inventé des mots pour nommer mes visions étranges. Pourquoi la norme, si peu d’imaginaire ? J’ai glapi mes ordres de folie à ma cervelle démontée. Joué l’iconoclaste mélodie et brandi les sons de ma mélopée. J’ai vu tant de choses que je ne saurais dire !..

vendredi 1 juin 2018

BRIBES
(Cassagnes, Gard, 1993)

Un coin s’enfonce dans la tête et dans le mou du cerveau fait sa place. La mémoire inscrit le souvenir douloureux qui imprime sa trace. Jamais l’oubli ne console tout à fait : la perfection n’est pas de ce monde. Toujours reviennent les cauchemars et les vieux rêves immondes. Faisons ripailles et bombances, la fuite des jours n’est pas utile ; on sent venir les coups sous les joies. Comme tout est futile ! Rien ne sert, les nécessités comblent l’ennui. Les rêves galvaudés, ravaudés, sont donnés en pâture pour l’usure des jours. Mais pourquoi cette langueur ? Est-ce l’amour aux illusoires incandescences ? Les cieux engoncés dans leurs promesses ? On ne sait. Il paraît que “c’est la vie”. Alors,on ficelle des phrases sans relief en guise de réponse et on passe à autre chose.

lundi 2 avril 2018

Parité hommes/femmes

L’affaire Harvey Weinstein – surnom « schweinstein » bien sûr ! – ébranle tout son monde depuis quelque temps, et pas que le manche du monsieur sus dit. (Si je puis écrire !)
En pareil cas, on ne manque pas de s’interroger sur le silence des différents protagonistes et de cette curie soudaine, aussi méritée soit-elle.
A partir de quel moment considère t-on le harcèlement sexuel ?
Est-il le « privilège » de la gente féminine ?
Il ne s’agit pas de provocation de ma part, mais je m’interroge.
Une main au derrière, un baiser volé, une étreinte arrachée, une main sur la cuisse.
Voilà ce que moi, j’ai subi.
Mais, je suis un homme, n’est-ce pas ?
Capable de se défendre.
Eh bien non, parce que l’on ne s’attend pas à ces comportements. Quand on respecte l’autre, on en attend autant d’autrui. C’est sans compter avec l’égoïsme, l’attitude prédatrice des êtres livrés à leur « passion ».
La honte, le ressentiment envers soi-même de ne pas avoir dit « non ! », le pardon chrétien mâtiné de Bisounours (tellement à la mode !), la tentative de banalisation du (des) geste(s) déplacé(s) : voilà autant de raisons du silence des victimes.
Ah ! Au fait : ce ne sont pas des hommes qui m’ont « violé », mais des femmes.

samedi 17 mars 2018

Enfance désabusée

A UN POIL PRÈS
(collège de Génolhac, Gard, 1993)
 
   J’avais huit ou neuf ans tout au plus, mais persuadé cependant d’avoir déjà beaucoup vécu. J’arborais fièrement les cicatrices de mes genoux : résultat de mon expérience dans le monde en général et conséquence de mes chutes en particulier. J’avais alors, j’en conviens, une conception assez réductrice de l’existence. Ainsi, j’étais très jaloux d’un camarade de classe, car il avait du poil au nez et pas moi. Cette pilosité nasale, symbole d’une virilité précoce selon mes critères de l’époque, m’affectait énormément. J’eus la présence d’esprit de ne jamais en faire part à ce garçon et souffris en silence. 
    J’acquis de la sorte très tôt la perception des inégalités en ce bas monde, et que cela parfois pouvait tenir à deux ou trois poils de plus ou de moins...

lundi 12 mars 2018

Un peu de météo

Bla, bla, bla 

(Saint-Sulpice, Mayenne 12 mars 2018 )

Qui a dit qu’il fera beau demain ? Quel nom porte ce devin ?
Accourez mesdemoiselles, il paraît qu’il est jeune et beau et qu’il est agile de ses mains !
Un radieux soleil ? A nul autre pareil ? On n’en croit pas ses oreilles !
Vite ! Vite ! Mesdames, allongez-vous, écartez vos orteils ! Il paraît que l’on y bronze, ainsi que dans la cervelle !
Aujourd’hui, je contemple la pluie. Les beaux garçons ont fui. Ma jeunesse aussi. Quelqu’un a dit : « quand on veut, on peut. » « …Qu’il suffit d’y croire. » « Après la pluie, le beau temps. » 
Et je ne sais plus quoi encore.
Allons, allons, quelque chose me dit que demain on en reparlera.

samedi 24 février 2018

Enfin !

C'est curieux tout de même, la destinée. Ainsi, cette pièce achevée en 2015, boudée par mon éditeur, puis lue par plusieurs troupes, va enfin trouver son public en mars 2018. J'en suis fort aise, car je la trouve drôle autant dans ses répliques que dans ses situations. Sans doute n'est-elle pas assez "conventionnelles" ? Allez la voir et vous jugerez.