En faisant du tri dans mes cartons, je suis tombé sur ce texte en alexandrins maladroits. Mais pour les vingt ans que j'avais à l'époque, cela tient la route. En plus, c'est d'une grande gaieté.
Sans titre, Paris, 1980
Au fond d'une poubelle, flotte mon image
Immondice anachronique dans la beauté plastique.
Je m'enfuis pour échapper au triste mirage
Et les sinistres exhalaisons au goût exotique.
Dans le miroir, un diable sans corne m'observe
Beau comme un désir, mais sage comme une image, hélas !
Ah, ce reflet languide et mensonger m'énerve,
Que de dépits dans cette vie : je suis d'une humeur crasse !
Le puits est très profond et jamais rien n'y luit
Reflets de pierres et clapotis sonores, et puis voilà
Des larmes perdues dans ce repaire de pluies.
Ce regard du néant est bien creux, je suis un peu las.
Il existe des lieux sans yeux et moins odieux
Là-bas, il paraît que les regrets n'aiment pas les larmes,
Il ne s'agit pas des hypothétiques cieux,
Ni même de ces pauvres greniers à rêves sans charmes !
Il me faudrait partir avec ou sans papiers,
À cheval ou en voiture, un bandeau sur les paupières.
Mais comme à l'habitude, je traîne les pieds
Et reste englué dans mes souvenirs pleins de poussières...
Au fond d'une poubelle, flotte mon image
Un sourire de papier, sourire vite torché
Gras sur la tranche et désespoir en pleine page
Puis, au milieu des épluchures, les restes d'un passé.
Maigres reliefs en vérité, de vie sans joie
De plaisirs mesquins ou de rêves aux couleurs fanées.
Vivrait-on, si seulement nous avions le choix,
Au lieu d'égrener ici, de vieux songes surannés ?
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