On me demande souvent pourquoi je nomme et date mes textes. Une manie sans doute. Un lieu, une humeur, une époque, un ressenti. Beaucoup sont étiquetés "Cassagnes". Voici donc Cassagnes, dans le Gard. J'y ai vécu par intermittence de 1976 à 1983, puis plus régulièrement de 1984 à 1995. Vendu en 2001.
Lionel de Messey - auteur de théâtre contemporain
mercredi 3 juin 2026
jeudi 28 mai 2026
Au fond d'un carton...
En faisant du tri dans mes cartons, je suis tombé sur ce texte en alexandrins maladroits. Mais pour les vingt ans que j'avais à l'époque, cela tient la route. En plus, c'est d'une grande gaieté.
Sans titre, Paris, 1980
Au fond d'une poubelle, flotte mon image
Immondice anachronique dans la beauté plastique.
Je m'enfuis pour échapper au triste mirage
Et les sinistres exhalaisons au goût exotique.
Dans le miroir, un diable sans corne m'observe
Beau comme un désir, mais sage comme une image, hélas !
Ah, ce reflet languide et mensonger m'énerve,
Que de dépits dans cette vie : je suis d'une humeur crasse !
Le puits est très profond et jamais rien n'y luit
Reflets de pierres et clapotis sonores, et puis voilà
Des larmes perdues dans ce repaire de pluies.
Ce regard du néant est bien creux, je suis un peu las.
Il existe des lieux sans yeux et moins odieux
Là-bas, il paraît que les regrets n'aiment pas les larmes,
Il ne s'agit pas des hypothétiques cieux,
Ni même de ces pauvres greniers à rêves sans charmes !
Il me faudrait partir avec ou sans papiers,
À cheval ou en voiture, un bandeau sur les paupières.
Mais comme à l'habitude, je traîne les pieds
Et reste englué dans mes souvenirs pleins de poussières...
Au fond d'une poubelle, flotte mon image
Un sourire de papier, sourire vite torché
Gras sur la tranche et désespoir en pleine page
Puis, au milieu des épluchures, les restes d'un passé.
Maigres reliefs en vérité, de vie sans joie
De plaisirs mesquins ou de rêves aux couleurs fanées.
Vivrait-on, si seulement nous avions le choix,
Au lieu d'égrener ici, de vieux songes surannés ?
mercredi 20 mai 2026
OEUVRE COMMUNE
J'avais onze ou douze ans et ma soeur Linda, un an et demi de plus. Je dessinais des petites choses amusantes et Linda y mettait de la couleur et ajoutait aussi des décors.
Voici un exemple de notre collaboration :
Je ne dessine plus, j'écris.
Ma soeur est peintre.
Je suis écrivain-dramaturge.
Linda peint.
jeudi 14 mai 2026
GRENIER
LE FAITOUT
Le Domaine, 2026
Il s’est ouvert avec un léger craquement de carton usé. La poussière a volé. Sous mes doigts le gros faitout rouge. Je ne m’y attendais pas. Depuis le temps qu’il croupissait là. Au milieu d’objets obsolètes : de l’épluche-légumes rouillé à la tasse ébréchée. Tous ces objets pourtant si familiers. Ils m’ont tenu compagnie il y a bien longtemps. Sous les toits de Paris, au sixième, sans ascenseur…
Ce gros faitout, il m’arracherait presque des larmes. J’en ai fait des platées de riz aux oignons et lardons là-dedans ! Lui, reste stoïque. Sans doute il attend que je le repose. Il ne se rend pas compte. Comment le pourrait-il ? Il ne peut pas savoir ce qu’il vient de déclencher en moi. Un raz de marée de nostalgie. Une madeleine de Proust triple boost. J’étais venu faire du tri, moi ! Pas me prendre une claque émotionnelle ! Je crois que je ferai du rangement une autre fois. Je repose le faitout dans le carton que je referme, comme on referme un tombeau.
J’écrirais bien quelque chose là-dessus, mais tout le monde va se foutre de moi.
Comme d’habitude.
mercredi 6 mai 2026
Sketch canin
Voilà un texte difficile à interpréter, mais intéressant.
Deux hommes en scène : le chien et Pierre. Ils parlent, mais le dialogue n’est qu’apparent (un chien ne parle pas, n’est-ce pas ?) Donc, il semble que le chien réponde à son maître, mais c’est dans sa tête. Pas de déguisement de chien, merci !
Une balle rouge lancée des coulisses roule sur la scène.
LE CHIEN (entrant furax) – Non mais, attends ! Il me prend pour qui là ? (Il ramasse la balle.)
PIERRE – C’est bien mon toutou ! (Il lui caresse la tête.)
LE CHIEN (s’écartant) – Je ne suis pas ton toutou !
PIERRE (lui prenant la balle des mains et la lançant vers les coulisses) – Allez ! Va chercher !
LE CHIEN – Dans tes rêves !
PIERRE (insistant, montrant les coulisses) – Allez !
LE CHIEN – Cause toujours !
PIERRE – Va chercher la baballe !
LE CHIEN (boudeur, les bras croisés) – Non mais t’es bête ou quoi ? Je veux pas y aller sapristi !
PIERRE – Va chercher ! Va chercher la baballe !
LE CHIEN (soufflant d’exaspération) – PFFFFFF ! (Il s’assoit.)
PIERRE – Elle est à qui la baballe ?
LE CHIEN (regarde ailleurs) – M’en fous !
PIERRE – C’est la baballe à mon toutou !
LE CHIEN – T’as raison !
PIERRE – Va chercher ta baballe, mon chien-chien !
LE CHIEN (au public) – C’est consternant !
PIERRE – Ben dis donc t’es pas joueur aujourd’hui !
LE CHIEN – Toi par contre, t’es toujours aussi lourd.
PIERRE – Tu vieillis…
LE CHIEN – Oh, l’autre ! Tu t’es pas regardé !
PIERRE – C’est vrai que 14 ans pour un chien ça commence à faire… (Il lui caresse la tête.)
LE CHIEN (surpris) – J’ai 14 ans, moi ?
PIERRE (attendri) – Je me souviens quand tu n’étais qu’un chiot… Ce que tu pouvais être mignon !
LE CHIEN (inquiet) – Pourquoi ? Maintenant je suis moche ?
PIERRE – On n’arrivait pas à te donner un nom !
LE CHIEN – Cela ne me surprend pas, vous n’êtes jamais foutu de prendre une décision.
PIERRE – On a fait au plus simple.
LE CHIEN (au public) – Préparez-vous : vous allez être scotchés !
PIERRE – « Le chien »
LE CHIEN (même jeu) – Je vous avais prévenus !
PIERRE (s’asseyant à côté du chien) – On a fait un bout de chemin tous ensemble !
LE CHIEN – Ben ouais. Ta femme, ton fils et toi… Je me demande ce qu’il devient Laurent, d’ailleurs. Cela fait un bail…
PIERRE – Ça me fait penser qu’il faut que j’appelle Laurent. Un moment que je n’ai plus de nouvelles.
LE CHIEN – C’est ce que je disais. (Réfléchissant.) Quel âge il peut avoir Laurent, maintenant ? Voyons, il était ado quand je lui léchais les orteils pour la première fois… Disons 12 ans… Plus 14… 26, il doit graviter autour de 26 ans.
PIERRE (se relevant) – Ça passe vite 14 ans n’empêche !
LE CHIEN – Ah non, de grâce ! Pas de philo à deux balles !
PIERRE – Je n’ai pas vu les années passer !
LE CHIEN (fort, comme un aboiement) – PAS ! PAS ! PAS DE PHILO !
PIERRE – T’es pas bien d’aboyer comme ça ?
LE CHIEN – Tu pleures sur le temps qui passe. En attendant, c’est moi qui ai 14 ans !
PIERRE – J’espère que tu n’es pas en train de virer sénile mon pépère ?
LE CHIEN – Tout de suite les grands mots !
PIERRE (réfléchissant) – Je me demande combien de temps, ça peut vivre un gros chien comme toi…
LE CHIEN (étonné) – Je suis gros, moi ?
PIERRE (continuant sur sa lancée) – Quinze, seize ans ?…
LE CHIEN – Non, mais attends, toi aussi tu peux crever d’un moment à l’autre ! Je ne me crois pas obligé de te le rappeler !
PIERRE (même jeu) - …20 ans, dans le meilleur des cas…
LE CHIEN – Nous, on est moins compliqués. On part du point A : la naissance. On arrive au point B : la mort. On meuble entre les deux avec la bouffe, les jeux, les câlins, la reproduction et le couffin. Point barre.
PIERRE (la voix qui se brise) – Je serai trop triste ! (Il se baisse et étreint son chien.) Mon pauv’toutou !
LE CHIEN (au public) – C’est très gênant ! Eh puis, je ne suis pas encore mort !
Un temps.
PIERRE (essuyant ses larmes) – Excuse-moi, mon vieux, je me laisse aller. Tu ne dois rien comprendre !
LE CHIEN (posant sa main sur celle de Pierre) – Bien sûr que si. Tu as toujours été un sentimental.
PIERRE (se levant à nouveau) – On y va ?
LE CHIEN – Bof ! Là, je ne le sens pas trop…
PIERRE – Allez, lève-toi !
LE CHIEN (essayant, mais n’y arrivant pas) – Ah, ben non. Je ne peux pas.
PIERRE – Hop ! Viens le chien !
LE CHIEN – Le chien il peut pas là !
PIERRE – Tu n’as pas l’air dans ton assiette mon pauvre vieux !
LE CHIEN – Je crois bien que je suis en train de rejoindre le point B…
PIERRE (le prenant par la main) – Je vais t’aider. Allez, on rentre à la maison.
LE CHIEN (se laissant faire, d’un air las) – Pas de refus.
Ils sortent.
LE CHIEN (en off) – Tiens ? (Un temps, puis tout enjoué.) La baballe !
copyright©2026Lionel de Messey
mercredi 29 avril 2026
mardi 14 avril 2026
MAYENNE EN SCENE
Le 35ème festival de théâtre amateur "Mayenne en scène" a lieu en ce moment aux Angenoises (très belle salle de spectacle) à Bonchamps les Laval.
J'ai l'honneur d'être membre du jury final... Et de ce fait, j'ai aussi (avec mes collègues) la lourde tâche de devoir noter les troupes qui se présentent à cette "finale".
Nous essayons d'être le plus impartial possible et de ne pas "flinguer" des troupes qui ont travaillé pendant plusieurs mois, pour le plus grand plaisir de leur public et, qui sait, un peu le nôtre aussi ?
Il y aura une troupe qui sortira vainqueur vendredi prochain...
Suspense, suspense !


