mardi 28 juillet 2026

Pince sans rire

 



Sourire

Le Domaine, juillet 2026


Ce rictus. Avant c’était un sourire. Plus lointainement, ce sourire s’accompagnait de fossettes. Charmantes. La grimace que l’on forçait en riant est devenue naturelle.

Matin après matin, au dessus du lavabo. On bascule. De la mèche blonde aux cheveux blancs.





lundi 20 juillet 2026

 




INSTANTS

Le Domaine juin 2026


Extirpées d’un tiroir d’un vieux meuble en bois à l’allure guindée, les photos lui rappelaient des moments de vie. L’odeur à la fois âcre et sucrée de renfermé collait à ses doigts. Tous ces visages. Tantôt surpris, tantôt joyeux ou parfois tristes. Combien encore de vivants parmi ces gens en noir et blanc ? Elle n’aurait su dire. Elle souriait avec la dame sur le cliché, riait avec le jeune garçon, applaudissait les chevaux de bois. Puis, au creux de l’estomac, quelque chose se nouait. Tout ce qu’on avait fait et qu’on ne ferait plus. Tout ce qu’on n’avait pas fait et qu’on ne ferait jamais.

Alors, elle se leva à nouveau, elle rouvrit le tiroir et elle rangea les photos.


lundi 13 juillet 2026

 

Aurore, ma brebis clun forrest

  

 PARTI
Le Domaine juin 2026


Sur la table de la salle à manger, un cendrier vide. Plus loin, sur la commode, ce petit vase en porcelaine acheté dans une brocante. Dans la chambre, les livres rangés par ordre de grandeur. Sur un coin du bureau, il en reste un ouvert à l’envers. Page 39.
Il a laissé tous ses objets. Il est parti. Je ne crois pas qu’il se soit retourné.
Il n’avait pas grand-chose. Sa vie n’était pas encombrée. Il est parti l’esprit léger.
Il n’était pas très bavard. Tous ces objets parlent désormais pour lui.
Abandonnés.
Comme moi.

mercredi 8 juillet 2026

 

église de La Jaille-Yvon

photo de Georges Corbé 


LE BUFFET

Le Domaine, juillet 2026


Trapu et sombre, il occupe l’espace dans la salle à manger d’un autre âge. Ses portes fermées sur des odeurs de moisi et de rance, recèlent aussi quelques vaisselles d’autrefois. D’un grincement sinistre, on les ouvre pour le nécessaire inventaire. Un tiroir résiste, collé par les ans. Le buffet n’impressionne plus les enfants devenus adultes, avides de partage. On extrait de ses entrailles, piles d’assiettes au décor suranné, plats de service en porcelaine ou en argent, cloches en métal, chauffe-plat à bougies, nappes dévorées par les souris. Cet attirail soulève quelques souvenirs lointains, dont certains sont gais.

Puis on passe à autre chose.

Un bibelot, un autre meuble.

Le buffet paraît endormi.

Il ne dort que d’un tiroir entrouvert.

jeudi 2 juillet 2026

Doutes

 

SOI ET LES AUTRES

Le Domaine juillet 2026


Il est plus facile de parler des autres que de soi même. Il y a quelque chose d’indécent dans cette confession. Car il s’agit d’une confession. Si l’on est parfaitement honnête. C’est rarement le cas. La tentation de se montrer sous son meilleur jour nous guette. Aussi, je préfère parler des autres, de gens que je ne connais pas ou très peu, voire pas du tout. Des gens que j’invente même pour l’occasion. Si quelqu’un se reconnait, ce sera normal et le fruit d’un hasard naturel. Car, au fond, tout le monde possède les mêmes travers, cumule les petitesses, étale les gloires à deux balles.

Quelqu’un a écrit : « le bonheur, c’est le silence du malheur ». Sans doute. Je ne cours pas après les chimères. Mes croyances sont ailleurs. Je fais du mieux que je peux. Comme chacun d’entre nous me semble t-il. J’ai assez peu de certitudes. A part celle d’être vivant. A moins qu’il s’agisse d’un songe, Allez savoir !

En fait, j’aimerais surtout croire un tout petit plus en moi-même.

mardi 30 juin 2026

Une pièce gourmande

Ma pièce "Ragoût, argent et suspicions" a vu sa dernière représentation dans le var vendredi 27 juin 2026, avec succès. Pour le pitch, c'est ici.

 


 

jeudi 25 juin 2026

 


MATHILDE

Le Domaine, juin 2026


Lassée de coiffer ou d’habiller ses poupées, elle se dirige vers la fenêtre pour observer la rue. La pluie a cessé. Le trottoir luit malgré le gris du ciel. Des rigoles tarissent lentement. Les passants marchent d’un pas pressé. Les voitures chuintent en se croisant et aspergent parfois un quidam qui râle en gesticulant. Une jeune femme sous un parapluie rouge. Elle déambule le sourire aux lèvres. Ses cheveux blonds tranchent avec sa robe bleue, son imperméable beige et son parapluie. Un petit sac balance dans sa main droite. Mathilde admire cette apparition. Comme elle voudrait être belle comme la dame dans la rue, plus tard !

Un homme s’approche de la belle au parapluie. La cinquantaine, le ventre opulent. Ce doit être son père. D’ailleurs, ils tournent ensemble au coin de la rue, d’une marche guillerette. Dommage, Mathilde n’a pas eu le temps de détailler l’allure de cette jolie demoiselle ! Elle continue à regarder distraitement par la fenêtre, avec des rêves sucrés.

Elle aussi, elle aura une robe bleue et un parapluie rouge !

Justement, revoilà la jeune femme blonde. Elle a plié son parapluie. Son sac virevolte dans l’air. Deux hommes l’abordent. L’un d’eux lui met la main aux fesses. La femme rit en partant avec eux bras dessus, bras dessous.

Mathilde retourne à ses poupées en soupirant.