samedi 11 avril 2026

BIEN DES SALADES, ma nouvelle pièce courte

 

"Bien des salades" est née d'une observation simple : dans certains lieux, on ne vient pas pour ce qu'on y trouve, mais pour y être vu. Restaurants chics, clubs privés, vernissages mondains — des endroits où le paraître compte plus que l'être, où les titres (réels ou inventés) tiennent lieu de carte de visite, où l'on méprise celui qui n'a pas le bon costume, le bon nom, la bonne fortune affichée.

J'ai voulu raconter une histoire de renversement. Un homme simple, modeste d'apparence, occupe la meilleure table d'un grand restaurant. Autour de lui convergent quatre figures sociales : l'aristocrate ruinée qui brandit son titre comme un blason, le bourgeois arriviste qui parle en chiffres d'affaires, l'intellectuel pompeux qui étouffe sous son vocabulaire, le rentier vulgaire qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas. Tous veulent cette table. Tous méprisent l'intrus.

Ce qui m'intéressait, c'était de montrer comment le mépris de classe fonctionne : non pas par violence frontale, mais par petites phrases assassines, regards en coin, dégoût affiché. "L'odeur forte", "cet homme commun", "ça" — l'intrus n'est même plus une personne, juste une chose qui occupe indûment un espace réservé aux "gens de qualité". Et quand il se lève, tous se ruent comme des hyènes sur la table, perdant toute dignité dans une mêlée grotesque.

Mais l'homme revient. Et il est le nouveau propriétaire. Renversement total. Les voilà virés, eux qui croyaient régner. La leçon est simple : la vraie richesse ne s'affiche pas. La vraie dignité ne se proclame pas. Monsieur Simple ne dit qu'un mot dans toute la pièce : "Merci". Pendant que les autres hurlent leurs titres, lui garde le silence. Et c'est lui qui gagne.


Satire sociale

Cette pièce est une satire féroce de la "bonne société" française. Personne n'est épargné. La marquise du Machin des Pertes Sèches (le nom dit tout) s'accroche à un titre vidé de son sens, symbole d'une aristocratie qui survit sur des rentes symboliques. Les époux Chose, PDG des usines USILOR, incarnent cette bourgeoisie arriviste qui méprise la noblesse mais adopte ses codes. Monsieur Bidule-Chouette, académicien aux palmes académiques, noie tout le monde sous un vocabulaire désuet ("tohu-bohu", "nonobstant", "pithécanthropes voraces") pour masquer son vide intérieur. Monsieur Truc, rentier brutal, dit crûment ce que les autres pensent : "Je suis plein aux as et je ne bosse pas."

Aucun n'est sympathique. Tous sont également ridicules. C'est voulu. Je ne voulais pas qu'on prenne parti pour l'un ou l'autre — ils sont tous méprisables à leur manière. Leur seul point commun : le mépris de celui qui ne leur ressemble pas. Et leur seule obsession : une table. Pas la nourriture, pas le plaisir du repas. Non : LA table, celle qui distingue, celle qui montre qu'on a SA place dans le monde.


Firmin, le maître d'hôtel

Le maître d'hôtel, Firmin, est le personnage clé de la pièce. Il incarne la dignité du travailleur. Toute la pièce, il reste poli, obséquieux même, malgré les insultes ("l'arpette !"). Il tente de calmer le jeu, de protéger Monsieur Simple sans trahir sa position. Il répète "Madame la Marquise" avec une patience infinie, supporte les caprices, les humiliations.

Et puis, à la fin, il explose. "Monsieur Simple est multimillionnaire et il vous emmerde." Cette phrase, c'est la revanche de tous ceux qui servent en silence. Firmin dit tout haut ce que des millions de serveurs, employés, travailleurs pensent tout bas face à l'arrogance des clients "de qualité". C'est cathartique. Le public applaudit.

Firmin, c'est aussi la complicité silencieuse. On comprend peu à peu qu'il SAVAIT qui était Monsieur Simple. Il le protégeait. Il attendait le bon moment. Quand les snobs se vautrent sur la table, quand ils perdent toute dignité, alors seulement Firmin révèle la vérité. Justice est faite.


Monsieur Simple, ou l'élégance du silence

Monsieur Simple ne dit qu'un mot dans toute la pièce : "Merci". Le reste du temps, il lit le menu, reste de marbre, observe. Pendant que les autres hurlent leurs titres, lui se tait. Cette économie de parole est une leçon de théâtre : le silence, sur scène, est souvent plus puissant que le verbe.

Monsieur Simple, c'est l'anti-snob par excellence. Il ne cherche pas à impressionner, ne brandit aucun titre, ne s'énerve pas face aux insultes. Il EST, simplement. Et c'est précisément cette simplicité qui rend le renversement final si jouissif. Les snobs parlent, parlent, parlent — lui agit. Il rachète le restaurant pendant qu'ils se disputent une chaise.

Le choix des Pompes Funèbres Internationales comme source de sa fortune n'est pas anodin. C'est un métier que les snobs considèrent comme "vulgaire", lié à la mort, au deuil, à ce qu'on préfère cacher. Mais c'est un métier UNIVERSEL — tout le monde meurt, nobles comme bourgeois, académiciens comme rentiers. Monsieur Simple a bâti sa fortune sur ce qui égalise tous les êtres humains : la mort. Ironie parfaite. Les snobs le méprisent, mais tous finiront par avoir besoin de ses services.


Une comédie visuelle

"Bien des salades" n'est pas qu'une pièce de texte. C'est aussi une comédie VISUELLE. La bataille pour la table doit être chorégraphiée comme une mêlée de rugby : chacun attrape ce qu'il peut (serviette, nappe, couverts, verres), la marquise se vautre littéralement sur la table, les vêtements se froissent, se déchirent. Chaos total. Puis, contraste absolu : Monsieur Simple revient en SILENCE, la table est remise en ordre, il s'assoit calmement, déploie sa serviette, la noue autour du cou (geste simple, quotidien), et commande. Calme après la tempête. Le silence après le vacarme.

Cette construction visuelle permet au public de rire deux fois : d'abord avec les mots (dialogues ciselés, répliques assassines), ensuite avec les corps (burlesque, slapstick). Les deux registres se complètent sans jamais se concurrencer.

 Durée et format

La pièce dure 15 à 20 minutes. Ce format court est voulu. Pas de temps mort, pas de digression, juste l'essentiel : exposition, escalade, chaos, renversement, chute. Efficacité maximale. Ce format la rend idéale pour les festivals de théâtre court, les cafés-théâtres, les soirées de sketches, ou en complément de programme dans des théâtres plus classiques.

Pourquoi ce titre ?

"Bien des salades" joue sur plusieurs sens. Sens littéral : on est dans un restaurant, on pourrait commander des salades. Sens figuré : "faire des salades" = raconter des histoires, mentir, se vanter. Tous ces personnages "font des salades" — ils se racontent, s'inventent, se gonflent. Ils brandissent des titres plus ou moins réels, des fortunes plus ou moins existantes, des médailles plus ou moins méritées. Tout est salade. Tout est apparence.

Et puis, il y a l'ironie finale : Monsieur Simple, lui, ne fait AUCUNE salade. Il ne se vante pas, ne ment pas, ne s'invente rien. Il EST riche, réellement. Il EST propriétaire, factuellement. Pas de salade. Juste des faits. Et c'est pour ça qu'il gagne.

Distribution

6 personnages (+ 2 serveurs figurants)

  • Monsieur Simple : homme de 50-60 ans, modeste d'apparence, calme, stoïque. Ne dit qu'un mot : "Merci".

  • Firmin, le maître d'hôtel : 40-50 ans, digne, patient, complice. Explose à la fin.

  • Madame la Marquise du Machin des Pertes Sèches : 60-70 ans, aristocrate ruinée, arrogante, vautrée sur la table.

  • Monsieur et Madame Chose : 50-60 ans, PDG arrivistes, méprisants, vulgaires sous le vernis.

  • Monsieur Bidule-Chouette : 65-75 ans, académicien pompeux, vocabulaire précieux, ridicule.

  • Monsieur Truc : 55-65 ans, rentier brutal, vulgaire, direct, insultant.

Décor minimal : une table au centre, des chaises. Le reste est suggéré. L'important, c'est le jeu, les dialogues, le rythme.



jeudi 2 avril 2026

COUP DE CHAPEAU A BERNARD AUGUIE

Nous avons la chance d'avoir à La Jaille-Yvon un artiste peintre de talent, à la fois modeste, généreux et atypique par sa façon d'être et dans sa façon de voir les choses. C'est tout l'intérêt d'un artiste me direz-vous. Il expose actuellement à la galerie l'Aquarelle à Grez-Neuville (49). Voici un modeste aperçu de ses créations :

 

 





 
 
 
 
 









dimanche 29 mars 2026

LE THEATRE DU COIN

Le théâtre du coin de Villiers-Charlemagne en Mayenne a interprété avec beaucoup de talent ma pièce Le Contrat flamand. Je suis allé les applaudir vendredi dernier avec des amis et nous avons passé une très agréable soirée. Les personnages étaient parfaitement incarnés par les comédiens, les décors de belle facture et les costumes bien adaptés, sans excès. Je n'oublie pas la mise en scène de Sylvain Legay : pas de déplacements inutiles, rythme parfait, placements idoines. Mérite d'autant plus grand que Sylvain jouait le rôle principal ! J'avoue (un peu honteusement) que j'ai ri plusieurs fois à ma grande surprise, en voyant ces comédiens se lâcher sur scène.

Ci-dessous un détail du décor : un cadre représentant la famille Martin (de ma pièce) au complet...

Sophie Gouzerch, Véronique Morineau, Stéphanie Ferrand, Sylvain Legay et Sandra Ferry

 

mercredi 18 mars 2026

Coup double !

 

 

Le printemps arrive et concrétise la signature presque simultanée du Contrat flamand en Mayenne et en Vendée ! (Disponible chez mon éditeur Art et comédie, en cliquant ici.) Vous pouvez noter la pièce et donner un avis...

 

 
                   


lundi 16 mars 2026

Une pièce pour mon puzzle

 


Lionel de Messey, auteur décidément très prolifique, vous présente encore une nouvelle pièce aux contours torturés :

ENTRE LA VIE ET LA MORT 

Antoine, 23 ans, est face à un dilemme impossible : sa mère est en phase terminale d'un cancer, et Béatrice, la femme qu'il aime, part pour un stage d'un an à New York. Rester ou partir ? Accompagner la mort ou choisir la vie ? Sa mère, avec l'héroïsme des sacrifices maternels, le force à partir : "La vie continue." Antoine obéit. Il part. Elle meurt seule, le 6 mai, jour de son anniversaire. Elle ne saura jamais qu'il voulait demander Béatrice en mariage.

Trente-cinq ans plus tard. Antoine et Béatrice sont toujours ensemble. Mariés, deux enfants, une vie apparemment réussie. Mais le venin de ce choix s'est infiltré partout : dans les silences, les reproches, les gestes devenus machinaux. Antoine n'a jamais pardonné — ni à Béatrice d'avoir insisté pour qu'il vienne, ni à lui-même d'avoir obéi. Chaque 6 mai, il honore sa mère morte. Béatrice n'existe plus vraiment pour lui. La morte est plus présente que la vivante.

"Entre la vie et la mort" explore le prix des choix impossibles et la gangrène du temps. Peut-on survivre à un choix qu'on ne pardonne pas ? Peut-on aimer quelqu'un qu'on rend responsable de sa propre culpabilité ? À travers une structure alternant passé lumineux et présent obscur, la pièce interroge : que reste-t-il d'un couple quand la vie continue, mais que l'amour, lui, est mort ?

NOTE D'INTENTION

Genèse

"Entre la vie et la mort" est née d'une question simple et terrible : que se passe-t-il quand on fait le bon choix pour les mauvaises raisons ? Antoine, à 23 ans, choisit la vie : il part avec Béatrice à New York, sur les conseils de sa mère mourante. C'est le choix "raisonnable", celui que tout le monde approuve. Sa mère le lui ordonne presque : "La vie continue." Mais trente-cinq ans plus tard, ce choix l'a détruit. Non pas parce qu'il était mauvais, mais parce qu'il ne se l'est jamais pardonné.

Cette pièce n'est pas une tragédie de la faute, mais une tragédie de la culpabilité. Antoine n'a rien fait de mal. Il a obéi à sa mère, il a choisi l'amour, il a vécu. Mais il s'en veut. Et il fait payer Béatrice. Pendant trente-cinq ans.


Le dilemme impossible

Le cœur de la pièce est un choix qui n'a pas de bonne réponse. S'il reste avec sa mère, il perd Béatrice (elle part pour un an, à 23 ans, c'est une éternité). S'il part avec Béatrice, il abandonne sa mère mourante. Quoi qu'il fasse, il perd. C'est cette impossibilité qui crée le poison : on ne peut pas se pardonner un choix qu'on n'aurait jamais dû avoir à faire.

Le titre, "Entre la vie et la mort", désigne cet entre-deux impossible : la mère agonisante (entre la vie et la mort), le choix d'Antoine (entre la vie avec Béatrice et la mort de sa mère), et finalement, le couple lui-même, coincé depuis trente-cinq ans dans un purgatoire affectif — ni vraiment vivant, ni tout à fait mort.


Structure : le passé éclaire le présent

La pièce alterne entre deux époques : 1989 (Antoine jeune, la mère malade, Béatrice amoureuse) et 2024 (Antoine et Béatrice vieillis, leur couple à l'agonie). Cinq scènes de chaque. Cette alternance n'est pas un simple flash-back : c'est une confrontation. Le passé lumineux (la tendresse mère-fils, les rires, l'humour pudique face à la maladie) se heurte au présent obscur (les silences, les esquives, le venin qui a tout rongé).

Le spectateur voit en direct la transformation : comment l'amour devient poison, comment la culpabilité devient rancœur, comment "la vie continue" devient un mensonge. La structure permet aussi de comprendre que personne n'est coupable : la mère aimait son fils et voulait le libérer, Béatrice était jeune et amoureuse, Antoine a fait ce qu'on lui demandait. Et pourtant, tout s'est brisé.


Les trois femmes

Au centre du drame, trois figures féminines se répondent :

La mère : aimante, héroïque, qui ment jusqu'au bout pour protéger son fils. Elle meurt seule le jour de son anniversaire après lui avoir ordonné de partir. Son dernier mensonge au téléphone ("Tout va bien, profite !") est un acte d'amour absolu. Mais c'est aussi ce mensonge qui tue le couple : Antoine ne lui a jamais pardonné de l'avoir laissé partir sans lui dire adieu.

Béatrice : brillante, amoureuse, coupable malgré elle. Elle a insisté pour qu'Antoine vienne à New York. Elle avait 21 ans, elle avait peur de le perdre. Elle a repris les mots de la mère ("La vie continue") par amour, pas par calcul. Mais Antoine ne l'entend pas ainsi. Pour lui, elle l'a arraché à sa mère. Trente-cinq ans plus tard, elle porte encore ce poids.

La morte : présente partout, invisible mais omniprésente. Chaque 6 mai, Antoine honore sa mère. Il garde son dernier message vocal depuis trente-cinq ans. Il ne dit jamais "je t'aime" à Béatrice, parce que ce mot fait mal (sa mère lui manque). La morte est plus présente que la vivante. C'est le drame du couple : on ne peut pas rivaliser avec un fantôme.


Le venin et le poison

L'image centrale de la pièce est celle du venin qui se transforme en poison. Au départ, c'est un petit venin : la culpabilité, le regret, le non-dit. Puis, avec le temps, ça se répand, ça gangrène, ça pourrit. Les gestes affectueux deviennent machinaux. Les mots d'amour disparaissent. Le quotidien tue l'amour "par petites doses d'habitudes et de routine".

Antoine nomme ce venin deux fois dans la pièce. D'abord métaphoriquement ("Le serpent qui mue, son venin qui s'insinue"), puis littéralement ("Trente-cinq ans gangrenés par cette blessure"). Nommer le mal ne le guérit pas. Mais c'est un début.


Le réalisme médical et la pudeur

J'ai voulu montrer la maladie sans pathos. Pas de larmes, pas de violons. La mère a un cathéter, une perfusion mobile, elle vomit hors scène. On entend les quintes de toux. Mais elle garde son humour jusqu'au bout ("L'enterrement n'est pas pour demain", "Tu sais ce qu'ils te disent, les dinosaures ?").

Cette pudeur est leur façon de tenir. Antoine jeune dit : "Ça évite d'être trop triste." C'est leur devise familiale. Mais trente-cinq ans plus tard, cet humour est devenu une arme. Antoine l'utilise pour blesser Béatrice, pour esquiver, pour ne jamais parler vraiment. L'humour-bouclier est devenu humour-poison.


Les références littéraires

Antoine lit Pirandello ("Six personnages en quête d'auteur") et se bat avec Béatrice sur les mots de Nathalie Sarraute ("Pour un oui ou pour un non"). Ce ne sont pas des coquetteries d'auteur : ces références disent quelque chose du couple. Antoine cherche qui il est parmi tous les rôles qu'il a joués (fils, mari, père). Il épluche les mots de Béatrice pour éviter de parler du fond. Ce couple cultivé se bat avec la littérature parce qu'il ne sait plus se parler directement.


La fin ouverte

La pièce se termine sur une suspension. Antoine dit enfin "je t'aime" — mais Béatrice est partie. Elle lui a dit : "Je ne sais pas si je serai là demain." Est-ce une rupture ? Une simple absence ? Je ne le dis pas. La fin reste ouverte parce que c'est au spectateur de décider : peut-on pardonner après trente-cinq ans de poison ? Peut-on recommencer ? Ou est-ce trop tard ?

Ce qui est sûr, c'est qu'Antoine a enfin prononcé les mots. Trop tard, peut-être. Mais il les a dits.


Pourquoi cette pièce maintenant ?

Parce qu'on vit dans une époque où tout le monde parle, mais où personne ne dit vraiment les choses. Parce que les couples meurent en silence, par petites doses d'habitudes. Parce qu'on porte tous des culpabilités qu'on ne s'est jamais pardonnées. Parce que parfois, faire le bon choix ne suffit pas — il faut aussi se pardonner de l'avoir fait.

"Entre la vie et la mort" est une pièce sur la difficulté de vivre avec ses choix. Sur le poids des morts qu'on n'a pas accompagnées. Sur les couples qui survivent mais ne vivent plus. Et sur la possibilité — fragile, incertaine — de dire enfin les mots avant qu'il ne soit trop tard.


Dispositif scénique

Décor minimal : une table, deux chaises, une couverture, un téléphone, une perfusion mobile. Les objets se transforment : la table devient lit d'hôpital, les chaises se rapprochent ou s'éloignent selon les époques. Tout est sobre, dépouillé. Pas de pathos visuel. Juste la vérité des corps et des voix.

Quatre acteurs : Antoine jeune (23 ans), Antoine âgé (58 ans), Béatrice (56 ans), la mère (67 ans, mourante). Les deux Antoine ne se croisent jamais. Ce sont deux hommes différents, que trente-cinq ans de culpabilité séparent.

Durée : 40 minutes. Pas d'entracte. Le spectateur doit rester coincé, comme Antoine, entre la vie et la mort.


 Vous voulez monter cette pièce ? Discutons-en !



mardi 10 mars 2026

Ma nouvelle pièce de théâtre

  

 


 Voici le pitch et la note d'intention concernant ma dernière pièce destinée aux troupes professionnelles et troupes amateurs très aguerries. Désolé : "on ne rigole pas du début à la fin." Pour les vrais connaisseurs de théâtre, un peu de patience, je la soumets à l'édition.

"UN HOMME TOUT SIMPLEMENT"




📄 PITCH

Henry de Furcy, notable influent de quatre-vingt-cinq ans, vient d'être enterré sans cérémonie, comme il l'avait exigé. Quatre personnes assistent à ses funérailles : son fils Alban, trente ans, qui n'a jamais réussi à appeler cet homme "papa" ; Paul, son plus vieil ami, secrètement amoureux de lui depuis l'adolescence et rejeté avec brutalité ; Carole, sa maîtresse qui a vécu dix ans à ses côtés en espérant un geste de tendresse qui n'est jamais venu ; et Marc, un inconnu étourdi qui s'est trompé de tombe.

Au bar d'en face, puis au cimetière, les langues se délient. Les révélations s'enchaînent : Alban était un enfant non désiré, battu par sa mère sous le regard indifférent de son père. Carole a remplacé l'épouse défunte dès le lendemain de sa mort, réduite au rôle de gouvernante. Paul a hérité d'un quart de la fortune sans l'avoir demandé. Chacun dresse un portrait accablant d'Henry : égoïste, manipulateur, incapable d'aimer.

Mais Henry n'a pas dit son dernier mot. Mort, il apparaît et commente l'action, se justifie, ironise. Il avait cinquante-deux ans à la naissance d'Alban, il aimait Diane à la folie, il a fait "pour le mieux". Dans un ultime monologue face au public, Henry renverse tout : ce n'est pas lui qui demande pardon, c'est lui qui pardonne. Aux vivants de porter leurs jugements, mais qui est sans reproche ? "Un homme, tout simplement" — ni monstre, ni saint. Juste un homme. Alors, à qui le tour ?


📄 NOTE D'INTENTION

Genèse

"Un homme tout simplement" est née d'une question : que reste-t-il de nous après notre mort ? Pas les actes, pas les réussites, mais les BLESSURES. Ce que nous laissons derrière nous, ce sont les cicatrices chez ceux qui nous ont aimés, détestés, supportés. Henry de Furcy meurt à quatre-vingt-cinq ans après une vie brillante. Quatre personnes viennent à ses funérailles. Quatre versions de sa vie. Quatre vérités inconciliables.

Cette pièce n'est pas un procès. C'est une interrogation : qui a le droit de juger ? Les vivants racontent leur version. Le mort se défend. Personne n'a raison. Ou tout le monde a raison. Entre accusation et justification, il n'y a pas de vérité absolue, juste des regards qui se croisent et ne voient jamais le même homme.


Un homme haï, mais complexe

Henry de Furcy est odieux. Égoïste, manipulateur, incapable d'empathie. Il a laissé sa femme battre leur fils sans intervenir ("il regardait ailleurs"). Il a utilisé Carole pendant dix ans comme gouvernante sans jamais l'aimer. Il a rejeté l'amour de Paul avec brutalité. Il n'a aimé qu'une seule personne : Diane, son épouse, dans un amour fusionnel qui dépeuplait le monde autour d'eux.

Mais il n'est pas qu'un monstre. Il a défendu son fils quand le chien du voisin a tué sa chatte Cléo ("ça lui a coûté cher au voisin"). Il lègue sa fortune à Alban et un quart à Paul. Il laisse sa maison à Carole. Ces gestes ne rachètent rien, mais ils troublent le jugement. Henry n'est pas manichéen. C'est un homme brillant, charismatique, admiré dans sa région — et glacial avec ses proches. Un homme public généreux et un homme privé toxique.

La pièce refuse le procès facile. Henry était-il un salaud ? Oui. Était-il SEULEMENT un salaud ? Non.


Quatre témoins, quatre vérités

Alban, le fils : Enfant non désiré, né d'un déni de grossesse, battu par sa mère, ignoré par son père. Il a quitté la maison à dix-huit ans et n'est jamais revenu. Il ne dit pas "mes parents" mais "mes géniteurs". Il hait cet homme qui l'a laissé souffrir. Sa vérité : Henry était un père lâche et indifférent.

Paul, le vieil ami : Amoureux d'Henry depuis l'adolescence, rejeté avec cruauté, resté ami malgré tout. Henry se promenait nu devant lui pour le torturer ("vous auriez vu sa tronche de boutonneux !"). Paul a vécu cinquante ans dans l'ombre d'un amour impossible. Sa vérité : Henry était fascinant, mais brutal et sadique.

Carole, la maîtresse : Amoureuse d'Henry depuis quarante ans, remplacée par Diane, revenue après la mort de celle-ci. Elle a espéré dix ans un geste de tendresse. Un jour, elle s'est jetée dans ses bras. Il a regardé ailleurs "d'un air d'ennui". Elle finit par le haïr : "égoïste et manipulateur". Sa vérité : Henry utilisait les gens.

Marc, l'inconnu : Il s'est trompé de tombe. Il cherchait Charlot, son ami joyeux et drôle. Il tombe sur Henry, un homme que personne n'aimait. Marc est le REGARD NEUTRE, celui qui révèle l'absurde : on peut mourir entouré ou mourir seul, tout dépend de ce qu'on a semé.

Quatre témoins. Quatre vérités. Aucune ne dit TOUT l'homme.


Le mort qui se justifie

Henry n'est pas muet. Mort, il apparaît, commente, ironise, se défend. Il parle à Marc, puis à Paul et Carole (qui ne le voient pas), puis au public. Progressivement, il devient le narrateur de sa propre histoire. Mais un narrateur peu fiable : il se justifie, minimise, rejette la faute.

"J'avais cinquante-deux ans. Je ne savais pas gérer ce truc-là !" (à propos d'Alban)

"Si j'avais répondu à tes avances, tu aurais été malheureux" (à propos de Paul)

"Diane et moi, on était fusionnels. On n'avait pas besoin des autres." (à propos de Carole)

Henry ne regrette RIEN. Il explique tout par une "logique implacable". Pour lui, il a fait les bons choix. Les autres ont souffert ? Dommage, mais c'était inévitable. Cette froideur est insupportable — et terriblement humaine. Combien d'entre nous se justifient ainsi ?


Structure en quatre mouvements

MOUVEMENT 1 — LES FUNÉRAILLES (cimetière + bar)

Quatre personnes se retrouvent. Premières révélations : Alban hait son père, Carole était sa maîtresse, Paul son vieil ami, Marc s'est trompé de tombe. Humour noir, dialogues ciselés, quiproquos. Ton amer mais pas larmoyant.

MOUVEMENT 2 — LES CONFIDENCES (cigarette + café)

Paul révèle son amour pour Henry. Alban raconte son enfance : violence maternelle, père absent. Carole avoue dix ans d'amour à sens unique. Les masques tombent. Pas de pathos, juste des constats cliniques. Pudeur absolue.

MOUVEMENT 3 — LES MORTS PARLENT (flash-back + fantômes)

Diane mourante avoue à Henry qu'elle frappait Alban ("je tapais sur ce machin sorti de moi"). Henry promettait de ne pas la remplacer (mensonge). Paul et Carole face à la tombe découvrent qu'Henry leur laisse quelque chose (argent, maison). Mais trop tard : ils ne l'aiment plus.

MOUVEMENT 4 — LE JUGEMENT (monologue final)

Henry seul face au public. Il les voit, les entend, leur répond. Il PARDONNE à tout le monde (ironie suprême). Il se justifie une dernière fois. Puis révèle : la semaine dernière, il était spectateur d'une autre pièce sur un autre homme. Il a éprouvé "dégoût, mépris, haine". Puis s'est calmé : "Il s'agit d'un homme, tout simplement." Lumière sur la salle. "Alors, à qui le tour ?"


Méta-théâtre et adresse au public

La pièce brise le quatrième mur. Henry voit le public, commente leurs réactions, répond à leurs questions imaginaires. "C'est le monsieur du troisième rang qui le demande !" Ce dispositif pirandellien rend le spectateur ACTEUR. Il ne peut pas rester neutre. Il est pris à témoin, forcé de juger, puis retourné contre lui-même : "À qui le tour ?"

Le titre — "Un homme tout simplement" — n'est révélé qu'à la FIN, par Henry lui-même. C'est sa défense ultime : je ne suis ni un monstre ni un saint, juste un homme. Imparfait, égoïste, mais humain. Comme vous.


Pas de larmes, pas de pathos

Comme dans toutes mes pièces, je refuse le pathos. Alban raconte qu'il était battu avec un ton sec, clinique. Carole avoue dix ans de solitude sans pleurer. Paul parle de son amour non partagé avec pudeur. Diane mourante avoue sa violence sans s'apitoyer. Les personnages ne SE PLAIGNENT PAS, ils CONSTATENT.

Cette sobriété rend les révélations plus fortes. Pas de violons, pas de longues tirades larmoyantes. Juste la vérité, dite simplement. Le spectateur pleure parce que les personnages, eux, ne pleurent pas.


Pourquoi cette pièce maintenant ?

Parce qu'on vit dans une époque de jugements définitifs. Cancel culture, réseaux sociaux, tribunal permanent. On résume les gens à leurs pires actes. On efface les nuances. "Un homme tout simplement" interroge cette violence : a-t-on le droit de réduire quelqu'un à ses fautes ? Henry était odieux. Mais il a aussi aimé Diane, défendu son fils (une fois), légué sa fortune. Cela ne rachète RIEN — mais cela existe.

La pièce ne demande pas de pardonner à Henry. Elle demande juste de regarder la complexité. De refuser le manichéisme. D'accepter que la vérité est multiple, que chacun voit midi à sa porte, que nous sommes tous des hommes, tout simplement.

Et surtout, elle renvoie chacun à sa propre vie : "Alors, à qui le tour ?" Que dira-t-on de VOUS à vos funérailles ? Quatre personnes viendront-elles ? Que raconteront-elles ? Cette question hante le spectateur bien après la fin de la pièce.


Dispositif scénique

Décor minimal : côté cour, une table et quatre chaises (le bar). Côté jardin, un monticule de terre (la tombe). Une chaise pour Henry (fantôme). Lumières pour séparer les espaces : pleins feux pour les scènes vivantes, lumière bleutée pour Henry mort, poursuite pour les apparitions.

Quatre acteurs : Alban (30 ans), Paul (60-65 ans), Carole (62 ans), Marc (72 ans). Plus Henry (85 ans, mais joué par un acteur de 50-60 ans pour les flashbacks avec Diane). Diane peut être jouée par la même actrice que Carole (avec perruque/costume) ou par une cinquième actrice.

Durée : 60 minutes. Pas d'entracte. Le spectateur doit rester coincé dans ce huis clos funéraire, entre jugement et relativisme, entre vivants et morts.


Lionel de Messey

Sociétaire SACD 



copyright ©  2026