dimanche 4 octobre 2026

 


LES VOYAGES

Le Domaine, septembre 2026


Elle voulait toujours partir. Elle évoquait des voyages lointains, des pays exotiques et des peaux colorées.

Lui l’écoutait et souriait. Il savait.

Elle ne lâchait pas l’affaire. Elle ne comprenait pas. Elle ne savait pas.

Elle proposa des lieux moins lointains. Il y faisait moins chaud, on y parlait la même langue, mais les paysages y étaient plus changeants.

Il écoutait toujours, l’air triste. « Pas le temps », tenta-t-il.

Elle avait sorti des valises du placard. De vieilles valises en carton imbibées d’odeurs. Mélange de moisi et de rance. Il n’y manquait plus que les étiquettes de voyages, disait-elle en riant.

Il n’avait pas envie de rire. Il fallait qu’il lui dise. Mais comment ?

Toujours, elle insistait et racontait des périples imaginaires qui bousculaient les certitudes de son mari.

Il savait bien que ce n’était pas possible.

Ils n’en avaient tout simplement pas les moyens.

Il ne trouvait pas les mots pour le lui avouer.

Elle continuait, ouvrait les valises sur le lit. Il n’y avait plus qu’à les remplir.

Elle savait pourtant. Il avait fini par lui dire.


*****

Sur le paillasson de l’entrée, deux valises attendent une destination.

Dodues, retenues par une corde.

L’homme attend la nuit en fumant une cigarette assis sur le lit.

Cette fois, c’est sûr, ils partiront.


dimanche 27 septembre 2026

exercices de styles

 


CONTACT

Le Domaine, Août 2026

La paume de sa main sur le dos de la mienne.

Un peu de moiteur. Un peu de chaleur.

La main simplement posée sur la mienne.

L’instant est court.

Le temps de se demander.

Le temps d’espérer.

Le temps d’oublier.


LA PORTE

Le Domaine, septembre 2026


La porte. Qu’y a-t-il derrière la porte ? Cette porte. Il n’est pas con, il se doute bien qu’il y en a d’autres. Mais c’est celle-ci qui l’intéresse. C’est la porte qu’il a devant les yeux. Alors, forcément, c’est sur elle qu’il plaque toutes ses questions. Sur la porte en elle-même, il n’y a pas grand-chose à dire. Elle était blanche. Maintenant, avec les différentes taches, l’usure, les éraflures... Bon, on s’en fout, c’est ce qu’il y a derrière la porte qui interpelle le bonhomme. Nous dirons tout de même qu’elle est beaucoup moins blanche. Il suffirait de se lever et d’aller l’ouvrir cette vacherie de porte. Faudrait pouvoir.

Des fois, elle s’ouvre sur une infirmière. Derrière cette silhouette, il devine un mur sans fenêtre. Ils les ont planquées où ces putains de fenêtres ? Le mur est blanc. Un blanc moins sale que celui de la porte. La porte qui le nargue à longueur de journée. La porte qui se fout de sa gueule !

Il s’en fout. Il attend. Il sait que c’est lui qui aura le dernier mot.

Un jour, il la passera cette porte.

Les pieds devant, cher Monsieur !

Connasse ! Ce jour-là, il l’aura bien baisée.

lundi 21 septembre 2026

 

PARFOIS

Le Domaine, Août 2026


Parfois. Souvent.

Ces deux mots devraient se suffire à eux-mêmes.

Merci. Bonjour. Ceux-là sont plus simples. Accessibles. Factuels.

Parfois. Souvent. Non. Ils réclament une suite.

Une déferlante de mots.

Parfois. Encore. Toujours.

Souvent, on ferait mieux de se taire.

mercredi 16 septembre 2026

 

 

 


 

LA PIVOINE

Le Domaine, août 2026


Par la fenêtre, elle devine son jardin. Tant d’heures passées à débroussailler, planter, désherber ! Demain, elle demandera à l’employée de nettoyer les vitres. Cette vitre en tout cas. La pluie a dépouillé la pivoine de ses fleurs. Un tapis grenat jonche le sol. Dommage. Il faudra attendre l’année prochaine pour admirer les grosses fleurs aux fragiles pétales ! L’année prochaine… Françoise caresse ses cheveux blancs de ses doigts moins habiles qu’autrefois. Elle respire profondément. Elle profite encore de l’éclat de ses iris.

Des pissenlits. C’est moins glorieux, mais elle en distingue nettement une touffe à l’angle de sa vision. Du lierre aussi. Au loin, des orties la narguent. Elle remonte le drap sur son menton. Demain, on lavera les vitres.

Dans un an, la pivoine fleurira. Rouge grenat.

Françoise se demande si elle aura le temps.

Pas longtemps.

Elle s’assoupit doucement.

mercredi 9 septembre 2026

On en discute dans les Yvelines

 

Je suis ravi d'apprendre que cette pièce continue de vivre grâce à des comédiennes enthousiastes. Je me dis que je n'ai pas tout fait raté ma cible, même s'il y a des choses que je n'écrirais plus de la même façon aujourd'hui.


mardi 8 septembre 2026

 

 
 
 
QUESTIONS

Le Domaine, 1er septembre 2026


Il se posait beaucoup de questions. Trop sans doute. Des questions sans réponses. Cela le submergeait. Son cerveau débordait. Il parlait tout haut. Ses interrogations saturaient son auditoire, quand il en avait. Les gens évitaient sa compagnie. Eux non plus n’avaient pas les réponses. Ils ne se posaient pas autant de questions. Ils ne voulaient pas savoir.

Lui si.

Il resta seul avec ses questions.



lundi 31 août 2026

y'a d'la joie !

 


Le plus heureux des hommes

Le Domaine

août 2026


Il se fabriquait de jolis rêves. S’il avait pu les empaqueter dans des boîtes colorées, les décorer de rubans rouges, bleus, dorés, il aurait été le plus heureux des hommes.

Seulement voilà. Les songes manquent de consistance.

Sa femme l’avait quitté. Ses amis aussi.

Il avait conservé son emploi et son poisson rouge.

Le poisson tournait dans l’aquarium.

L’homme ne tournait plus très rond.

On emporta l’homme.

On l’emballa dans une camisole.

Il n’y avait aucun ruban.