jeudi 14 mai 2026

GRENIER

 

 LE FAITOUT

Le Domaine, 2026 

 

Il s’est ouvert avec un léger craquement de carton usé. La poussière a volé. Sous mes doigts le gros faitout rouge. Je ne m’y attendais pas. Depuis le temps qu’il croupissait là. Au milieu d’objets obsolètes : de l’épluche-légumes rouillé à la tasse ébréchée. Tous ces objets pourtant si familiers. Ils m’ont tenu compagnie il y a bien longtemps. Sous les toits de Paris, au sixième, sans ascenseur…

Ce gros faitout, il m’arracherait presque des larmes. J’en ai fait des platées de riz aux oignons et lardons là-dedans ! Lui, reste stoïque. Sans doute il attend que je le repose. Il ne se rend pas compte. Comment le pourrait-il ? Il ne peut pas savoir ce qu’il vient de déclencher en moi. Un raz de marée de nostalgie. Une madeleine de Proust triple boost. J’étais venu faire du tri, moi ! Pas me prendre une claque émotionnelle ! Je crois que je ferai du rangement une autre fois. Je repose le faitout dans le carton que je referme, comme on referme un tombeau.

J’écrirais bien quelque chose là-dessus, mais tout le monde va se foutre de moi.

Comme d’habitude.

 

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